Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 21:46

Le Noir. Cette énergie vide, ce trou dans le monde, cette chose froide, infinie. Cette obscurité vit dans chaque personne, se nourrit d'elle. Elle nous brise.

 

Billy se réveilla en sursaut. Son dos et son pyjama pleins de sueurs. Ses cheveux étaient collants et humides, formant des mèches poisseuses. Il passa sa main à travers, tentant de retrouver son calme. Il se redressa pour observer sa chambre. Rien. Il ne voyait rien. Le noir complet. Il tâtonna sa table de chevet à la recherche de l'interrupteur de sa lampe. Sous ses doigts, il sentit le boîtier en plastique se mouvoir. Il était froid. Presque gelé.

 

Billy appuya sur l'interrupteur. La lumière lui déchira les yeux, si bien qu'il s'empressa de plonger son visage dans son oreiller. La douceur du tissu lui échappa totalement, par contre, le fait qu'il commençait à étouffer le poussa à affronter la luminosité.

 

Se couvrant à demi les yeux, il inspecta la pièce. Toujours le même bazar sur son bureau. Un cahier ouvert avec un crayon dessus. Des feuilles noircies par ses devoirs étalées un peu partout sur le plan de travail. Sa petite lampe penchée sur son travail.

 

Sur le mur, il y avait toujours le poster de Muse, ses quelques diplômes scolaires et sa phrase favorite. Cette phrase... Il laissa ses yeux glisser sur les mots. Elle commençait bêtement. En fait, c'était plus un petit paragraphe, mais beaucoup appelaient ça « phrase » alors qu'il y avait plus d'un point. Ces mots, il les avait entendus. Il n'y avait pas plus de quelques minutes. Oui, ils étaient dans son rêve. Non. Dans son cauchemar.

 

Il voulut se lever, aller se rincer le visage, changer de pyjama. Il se tourna pour poser ses pieds au sol. Il s'arrête, pétrifié. Sur le seuil de sa chambre, quelqu'un l'observe. Il ne distingue pas ses traits, ni ses contours. C'est comme si... cette personne n'était qu'un songe, la drôle d'impression d'avoir une hallucination. Ses pieds touchèrent finalement la moquette de sa chambre. Impossible de pousser sur ses jambes. Impossible de se lever. Il fixa intensément la silhouette. Malgré cette sorte de flou qui l'entourait, il perçut un sourire sur le visage de l'inconnu. Ou peut-être inconnue. Ses vêtements n'étaient que des tâches de couleurs sombres.

 

Billy réessaya de bouger. Il avait l'impression d'être enchaîné de partout. Comme si une corde s'était glissée sur tout son corps et avait immobilisé ses membres dans leur mouvement. Il cligna des yeux. Pendant cet instant, il souhaita se rendormir. Il souhaita que tout ça ne soit qu'un mauvais rêve. Qu'un autre. Qu'un de plus. Il n'en est rien. Mais lorsque ses paupières se rouvrirent, il soupira en constatant qu'il était seul. Infiniment seul.

 

Ses jambes fonctionnaient. Même si son cœur battait vite et qu'il titubait, il se sentit relativement bien. S'aidant des murs pour avancer, il caressa les petites anfractuosités qui le composait. Le couloir était long. Plus que d'habitude. Il lâcha un autre soupir au moment où ses doigts frôlèrent enfin la porte de la salle d'eau. Il avait l'impression de marcher depuis une heure, pourtant, c'était impossible. Le battant bascula. La lumière l'aveugla. Ce n'était pas la salle de bain. Ce n'était pas sa maison. Ce n'était pas son monde.

 

L'immensité. Ce n'est même pas suffisant pour exprimer la grandeur de ce qui s'étend sous ses yeux. Une multitude de colonnes, innombrables, parsème un sol de verre donnant une vue sensationnelle sur l'espace. Il n'aperçoit aucun mur.

 

Il avança d'un pas. Juste un. Le cadre de la porte explosa dès qu'il le franchit. Se retournant, il ne vit que des piliers, à l'infini. Comme la sortie ne semblait plus être là, il se mit à marcher. En observant les colonnades, il se rendit compte qu'elles ne supportaient rien. Il leva la tête.

 

Il tomba à genoux. Au-dessus de lui se trouvait une planète. Imposante, elle paraissait pourtant bien petite. Elle était loin dans le ciel. Le ciel? Non, l'espace. Elle était surement gigantesque. Peut-être plus grande que la Terre, qui sait? La sensation d'être un lilliputien, un microbe, envahit le jeune homme. C'était... gênant. Écrasant.

 

Billy posa ses mains sur le sol transparent. Son regard suivit le mouvement. C'était bel et bien l'univers qui s'ouvrait sous ses yeux. Une multitude d'étoiles, de planètes et, si l'on regardait attentivement, de galaxies. Il avait l'impression de recevoir un coup de poing dans le ventre. Tout ça, c'était trop. Plus qu'il ne pouvait en supporter. Il venait de découvrir dans sa salle de bain un monde d'où l'on pouvait observer l'espace. Comme un grand observatoire, mais directement implanté dans l'Infini.

 

Il se releva, chancelant. Il s'appuya contre une colonne. Elle s'effaça. Il tombe. Longtemps. Trop longtemps. Lorsque ses mains touchèrent enfin quelque chose, il comprit que ce n'était pas le sol. Il ouvrit les yeux. Il croisa son regard dans le miroir, au-dessus de l'évier de la salle de bain. Il se tint à ce dernier, essoufflé. La lumière était allumée, mais elle ne lui faisait plus mal.

 

Il ouvrit le robinet et arrosa son visage d'eau fraîche. Son pyjama lui collait à la peau. Il était chaud et humide, et c'était une sensation très désagréable. Billy se dénuda. Dans sa bouche, il avait un goût dérangeant aussi. Il but. Lorsqu'il releva la tête vers le miroir, il aperçut fugacement l'image du monde qu'il venait de visiter. Cette dimension hors de l'espace, mais qui donnait une vue magnifique de cette infinité.

 

Il repartit se coucher. Des images plein la tête. Ce voyage n'était peut-être qu'un rêve. Peut-être que, en ce moment même, il était en train de rêver! Et demain, à son réveil, il ne se souviendrait plus de rien. Ainsi va la vie, les rêves les plus fantasques disparaissent, et la réalité ne donne plus à l'esprit de quoi s'évader. Il referma la porte de sa chambre, se vautra sur son lit, et éteignit la lumière. Aussitôt le noir revenu, il repartit dans un sommeil plat.

Par WriterRaven
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Samedi 18 décembre 2010 6 18 /12 /Déc /2010 00:07

Remaniement entamé, je laisse le premier texte parce qu'il ne risque pas de changer (sauf si je reçois des critiques, bien sûr). Enfin voilà, les prochains textes suivront et peut-être accompagnés de dessins grâce à un partenariat avec un dessinateur de talent!

Par WriterRaven
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Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 22:21

 

Premier de mes textes. Composé rapidement pendant un de mes moments de réflexions. Bonne lecture ;)

 

 

La forêt est dense. La nuit totale. L'onde sombre.

 

Le jeune homme court à en perdre haleine. Il saute de racine en racine, de pierre en pierre. Autant d'entités que l'homme bafoue à son bon vouloir. Il retient un cri. Un cri déchirant. Un cri mêlé.

 

Il jaillit de sa gorge, de son ventre, de son coeur. Ce n'est plus un cri, c'est un hurlement. Au loin, dans les tréfonds de ce poumon du monde un loup hurla en même temps que lui.

 

Frères d'âme.

 

Rejetés.

 

Les ronces déchirent ses vêtements, derniers liens avec la civilisation. Il se débarrasse dédaigneusement de ces bouts de tissus encombrant.

 

Les fougères caressent son corps dans la nuit. Il a dix-neuf ans. Un âge où on se perd, et où on se retrouve. Un âge où on devient vraiment soi.

 

  -Ils étaient tous des vers, indissociable. Le lendemain, ils étaient tous chrysalides, identiques. Le surlendemain, ils étaient tous des papillons, uniques.

 

Pour lui, la métamorphose n'a pas donné le papillon que ses parents, non, que la société attendait. Il n'est pas ce magnifique papillon volant de fleurs en fleurs que tout le monde voyait en lui. Non! Il est le papillon de nuit. Le papillon qui n'est attiré par la lumière que pour que sa mélopée envoutante se taise. Un papillon qui ne veut pas le jour, un papillon qui rechigne à voir la lumière. Il est lui; pas ce que veut la société.

 

La morsure de l'eau froide le surprit. Il avait brisé le rideau de végétation et se retrouvait devant le miroir d'obsidienne. Face à lui, un lac. Les remous d'ébènes sont éclairés de reflets fugaces. L'eau est froide. Il tremble.

 

Un second cri lui arrache le coeur. Un second cri suivit par le loup, de l'autre côté de l'étendue de l'eau.

 

L'onde noire qui s'étend autour de lui semble être un écho de lui-même. Il plonge, se fondant dans la masse sombre. Il cherche dans l'immensité obscure. Il cherche l'éclat qu'il doit détruire. Inconscient encore que cet éclat, c'est lui. Il est l'étoile dans la nuit. Le guide des bergers. Il est la lumière dans les ténèbres.

 

Ses mains sont lumineuses. Ses yeux le brûlent tant cette lumière l'aveugle. Il se courbe dans l'eau, reste sous la surface. Ses poumons commencent à se remplir. La lumière s'atténue. Il la vainc! Il vainc la lumière! Il devient l'obscurité. L'air s'échappe de ses poumons. Il remonte. Brisant la surface d'ébène, il contemple l'étoile qui le regarde de haut. Les nuages se sont ouverts pour laisser cet oeil le juger. Le jeune homme rit en regardant l'astre. Il rit au nez de la lumière qui n'est pas assez proche pour l'atteindre, malgré toutes ses tentatives. Lui ne cherche pas à toucher l'étoile. Il la renie. Il renie le jour.

 

Après avoir nager, il atteint finalement l'autre rive du lac. Le loup l'attend. Trempé et gelé, le jeune homme s'assoit sur une pierre bordant l'étendue d'eau. Il discute avec le loup. Regards, jappements. Ils sont égaux. Ils ont été rejetés. Ils ne sont pas ce qu'on attend d'eux, mais ils sont eux. Et c'est là toute la différence. Le jeune homme va finalement trouver de la chaleur dans la fourrure du loup. Ce dernier lèche joyeusement les oreilles du petit d'homme. Ils rient. Ensemble, en un seul être. Un être complet. Il rit une dernière fois.

 

Le soleil se lève. Sur la pierre, il ne reste plus qu'un nourrisson et un louveteau. Un nuage passe. Plus rien. Un être complet est éphémère. Mais heureux.

 

      Raven

 

Par writerraven.over-blog.com
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